Votre mental n'est pas un outil de prise de décision
Et ce n'est certainement pas à lui de valider le fait qu'il ne l'est pas
Prenez une tisane, un bon café ou même un matcha si vous y tenez (qui suis-je pour vous juger) car on est partis pour un de ces articles que j'aime à vous rédiger loin des contraintes de l'algorithme castrateur. On va parler de prise de décision car le Human Design est avant tout une approche centrée sur la manière optimale de décider pour soi.
Si vous vous intéressez au Human Design depuis au moins quelques minutes, vous avez dû croiser l'information suivante :
Votre mental n'est pas un outil de prise de décision
Ce concept est le socle fondationnel sur lequel repose toute expérimentation avec notre fonctionnement inné (aka notre Human Design).
C'est évidemment surprenant (et souvent inconfortable) de se dire que notre mental, sur lequel on a été tellement entraînés à s'appuyer depuis l'enfance, n'a absolument aucun moyen de savoir si une décision est la bonne pour nous (je reviendrai sur la notion de bonne ou mauvaise décision un peu plus bas).
J'ai bien conscience que cette idée va totalement à l'encontre du conditionnement sociétal, culturel et, très souvent, familial que nous avons reçu et dans lequel nous baignons encore chaque jour. Si vous êtes comme moi, on vous a probablement éduqué à réfléchir, à analyser des informations avec votre intellect, à peser le pour et le contre, et à considérer toutes les issues possibles pour parvenir à la bonne décision. Car non content de s'être auto-proclamé chef des décisions, notre mental considère en plus souvent qu'il existerait quelque part LA bonne décision qu'il conviendrait de ne surtout pas louper, et puis toutes les autres… qui deviennent donc automatiquement les mauvaises, ou du moins des décisions de seconde zone.
Pourquoi ce mental qui semble pourtant si bien équipé pour nous servir de GPS est en réalité complètement incompétent dans le domaine
Et bien la réponse est avant tout liée au fait que notre mental passe l'intégralité de son temps à analyser le passé ou à prédire le futur. Autrement dit, il ne vit jamais dans l'ici et maintenant. Cet espace que tous les plus grands sages vivant ou ayant vécu sur Terre nous présentent pourtant comme le seul permettant une existence apaisée et sereine.
Quand vous avez une décision à prendre, le mental se met en route pour faire ce qu'il est conçu pour faire : il compare, évalue et analyse les résultats d'expériences passées (opération déjà incomplète en soi tant il retient certains aspects et en efface totalement d'autres), et établit sur cette base des projections possibles sur l'avenir.
“Si je fais X, alors possiblement W, Y ou Z pourraient arriver”.
Ça vous parle non ?
Le cœur du problème ici c'est qu'il s'agit bien de cela, de projections, de possibilités. Mais en aucun cas de certitudes ou même de la réalité. On prend donc des décisions basées sur des hypothèses. Quiconque s'est déjà retrouvé sous une pluie battante alors que “ pourtant le petit soleil il était d'un jaune bien jaune sur l'application météo ce matin” est capable de reconnaître les marges d'erreurs inhérentes aux modélisations du futur.
Alors quelle alternative avons-nous ?
Et bien, celle de nous en remettre à notre vrai GPS. Notre autorité intérieure. L'intelligence de notre corps qui elle ne s'exprime qu'en contact avec le moment présent.
Que vous ayez une autorité émotionnelle (qui vous demande de surfer les variations de votre vague émotionnelle pendant des jours ou des semaines jusqu'à sentir la clarté émerger à un instant T), sacrale (qui répond viscéralement face à un stimulus dans votre environnement au présent en libérant de l'énergie dans cette direction), splénique (qui vous signale à chaque seconde ce qui est sain ou non pour vous), ego (qui vous fait ressentir si la volonté de votre coeur est prête à s'engager), soi (qui vous fait entendre dans votre voix la direction pour vous), environnementale (qui vous fait découvrir ce qui est clair ou non au contact des bonnes personnes et des bons environnements), ou lunaire (qui vous demande une présence quotidienne à ce qui émerge et évolue au fil du cycle lunaire), toutes opèrent dans une danse fusionnelle avec le présent.
Aussi bien les autorités intérieures spontanées et immédiates que celles qui impliquent un rapport au temps plus long.
Mais comment m'assurer de prendre la bonne décision ?
Je vous avais dit qu'on reviendrait sur le sujet des bonnes ou mauvaises décisions. C'est d'ailleurs là qu'on voit que notre mental n'a pas du tout lâché le guidon même quand il se raconte qu'il veut bien tenter l'expérience. “Je veux bien essayer le truc du corps là mais seulement si ça donne le résultat que j'estime être le plus favorable”. Et hop, on y revient.
Comme le disait notre cher Albert (Einstein), il ne faut pas compter sur ceux qui ont créé le problème pour le résoudre.
Car oui, le mental est ici juge et partie. Il ne vous présentera donc évidemment jamais les arguments qui conduiraient à sa destitution en tant que Grand Chef de la prise de décision. De toute façon, ce n'est pas une affaire d'arguments.
On ne sort pas du mental… avec davantage de mental.
L'idée ici n'est pas de “comprendre” et d'appliquer sagement la formule de votre autorité intérieure pour être sûr de ne pas vous tromper (on voit encore les stigmates de ce qui nous a été inculqué depuis l’enfance).
Et c'est là qu'on s'aperçoit de ce que recherche vraiment le mental en pilotant la situation. Pour lui, il ne s'agit pas de “prendre une décision” mais bien de contrôler l'avenir. Ce qu’il veut au fond, c’est être rassuré sur l’issue. Il veut savoir à l’avance ce que ça va donner, si ça va marcher, si ça va durer, si ça va être confortable, rentable, reconnu, si on ne va pas le regretter, si ça va “bien se passer” etc etc.
Sauf qu’aucune décision ne vient avec une garantie de résultat.
Ni celles prises avec notre autorité intérieure.
Ni celles prises avec le mental.
En fait, le mental confond décision correcte et expérience “réussie”, agréable, fluide, libre de challenges et d'embûches. Mais dans l'expérimentation de notre Design, une décision juste corporellement ne garantit pas un “bon résultat” selon les préférences de notre tête. Il ne s'agit pas de ça.
Une décision correcte est une décision qui a été prise depuis votre intelligence corporelle et non depuis vos peurs, vos projections ou votre besoin de contrôle et de certitude. Mais vous pouvez tout à fait traverser de l’inconfort, de la frustration et des obstacles en ayant pris une décision profondément correcte pour vous.
Et à l’inverse, vous pouvez prendre une décision parfaitement logique, raisonnable, calculée et rassurante sur le papier, qui vous fera tôt ou tard ressentir intérieurement que quelque chose ne va pas.
L’autorité intérieure ne vous promet pas une vie sans inconfort. Elle ne vous promet rien d'ailleurs. Elle vous invite simplement à entrer dans une expérience juste pour vous-même, de naviguer au présent dans et avec le flot du réel, au lieu d’essayer de contrôler l’existence depuis une salle de surveillance imaginaire.
Et mon mental, j'en fais quoi alors ?
Parce qu’à force d’entendre que le mental n’est pas un outil de prise de décision, on peut vite tomber dans un autre extrême et le diaboliser, vouloir le faire taire, ou considérer qu’il faudrait atteindre une sorte de silence intérieur mystique.
Alors, je vous rassure, ce n'est pas du tout le projet. Il s'agit plutôt de le remettre à sa juste place, celle dans laquelle il excelle : observateur de l'expérience de vie.
Le mental a des capacités extraordinaires. Il peut mesurer, évaluer, réfléchir, penser, faire des liens, expliquer, conceptualiser. Il peut également devenir un formidable appui pour enrichir l'expérience de ceux qui nous entourent. Tout n'est pas à jeter bien au contraire ! Sa faiblesse c'est vraiment la prise de décision pour votre propre vie.
Récemment, en séance, m'est venue cette analogie. Peut-être qu'on pourrait considérer notre mental comme une télé allumée en permanence (ou selon nos appétences les réseaux sociaux). En tout cas, ça tourne sans cesse. Selon les moments, sont diffusés des nouvelles urgentes, des prédictions catastrophiques, des analyses, des débats, des reportages de fond, des images d'archives, des rediffusions, des montages mignons, des sketches. On peut tout à fait passer la journée assis devant, complètement absorbé par ce qui se présente sur l’écran, se laisser hypnotiser et embarquer émotionnellement par ce que ça raconte, et finir par croire que tout ce que l'on voit est forcément vrai, urgent et important, et complètement négliger la “vraie” vie au passage.
Mais puisque cette télé est constamment allumée, on pourrait aussi baisser le son et continuer à faire notre vie autour sans réagir à chaque bandeau d'alerte, ni même prêter une réelle attention à ce qui défile. Et choisir de ne s'installer devant que lorsqu'un programme nous intéresse vraiment.
Ça paraît évident mais vous ne laisseriez probablement pas TF1 ou BFM décider à votre place avec qui vivre, quel travail faire, où habiter, à qui et à quoi dire oui, quand dire non, ou ce qui est juste pour votre vie.
Et ensuite que se passe-t'il ?
Évidemment, c'est différent pour chaque personne mais quand on commence à s’appuyer davantage sur son autorité intérieure, la pression du mental diminue. On devient plus attentif à ce qui se passe réellement en nous, au niveau du corps, au fil des expériences qui se présentent dans notre vie. Et comme on nourrit de moins en moins les projections, les scénarios et les films sur l’avenir, ils finissent par prendre moins de place. Le besoin de contrôler notre expérience diminue lui aussi. Et à sa place, il devient possible d’accueillir ce qui est là, de rencontrer l’expérience telle qu’elle est, plutôt que d’essayer en permanence de l'optimiser, de la corriger ou de la sécuriser.
On cherche de moins en moins à déterminer “Quelle est la bonne décision qui me garantira le bon futur ?”
Et on s'intéresse à ce qui est juste pour moi, maintenant.
“Qu’est-ce que je ressens réellement dans cette situation ?”
“À quoi est-ce que je suis en train de dire oui ou non ?”
Ces questions-là nous ramènent à être réellement présents à nous-même. Chose finalement très simple mais pas si facile…
Envie d’aller plus loin ?
Je propose plusieurs formats d’accompagnement personnalisés pour explorer votre Human Design en profondeur, avancer avec plus de clarté et de justesse mais aussi comprendre les dynamiques de vos relations personnelles ou professionnelles : séances individuelles, guides et masterclasses. Toutes les informations sont disponibles ici.
Si vous êtes professionnel de l’accompagnement et souhaitez inclure le Human Design dans votre trousse à outils, je vous laisse découvrir le cycle d’initiation juste ici.